C’est l’histoire de celle qui baignait dans ses larmes.
Elle prenait au sens propre des bains de larmes, se lavait avec ses larmes. Sur les gants de toilettes, sur sa brosse à dents, elle versait des larmes.
Les jours de grands regrets, ça piquait beaucoup, à cause du sel. Mais elle plongeait quand même dans cette eau abrasive.
Elle était bien obligée, si elle ne s’y était baignée, elle serait morte toute desséchée.
Elle pleurait son passé, elle pleurait son présent, elle pleurait son avenir. Elle pleurait le vide alors elle remplissait sa baignoire.
Elle aimait le recyclage, la fille qui baignait dans ses larmes.
Un jour de grand froid, qu’elle préparait un bain chaud, elle eut un hoquet plus fort que les autres. Ce fut un grand, un immense, un hoquet de la taille du monde. Un hoquet qui aspirait tous les
affronts, tous les espoirs blessés, toutes les entailles à l’amour-propre.
Un hoquet trou noir.
Et elle but la tasse.